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Quand Cheftiet en ire entre subitement en action.

mai 18th, 2016 by educsociete

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[…]

« Tout cela ne me regarde pas » avait dit Dany pour chasser de sa pensée les traces néfastes de sa commotion cérébral induite par la lecture. Il venait de prendre conscience de sa tacite complicité de lecteur. Tout cela ne le regardait point, en fait. Tout cela lui était étranger. Mais, par paradoxe tout cela avait fini par lui causer un ponctuel dommage intérieur, l’étrange mal. Combien de choses, de faits, de circonstances et d’aléas qui, très objectivement, devraient nous laisser de marbre fondent en nous les remparts de la défense d’une cause. Ce qui nous abat insidieusement de l’intérieur c’est justement ce qui nous est parfaitement étranger ; c’est l’autre qui n’est pas de nous mais vient à nous sous toutes les coutures du monde, des plus hallucinantes mêmes. Un mot y suffit, une image, un acte, un récit ou un évènement, un fait d’homme généralement. L’archéologie des faits prémonitoires atteste une aléatoire minutie dans la distribution des rôles qui accrochent le culot des uns au potentat des autres. C’est ainsi que le pétrin de chacun se trouve être la fange dans laquelle l’y traine l’autre : vérité circulaire de la destinée humaine. Qui a jamais pu se plaindre de son propre sort sans le référer aux autres ? Dany reprit sa lecture.

« […] Rien que pour l’honneur qu’il lui conférait, Cheftiet se réjouissait de son nouveau poste. Cet honneur, il voulait le marquer et le faire remarquer de près comme de loin. Ainsi, pour la première fois qu’un élève daigna l’appeler dans son bureau « Monsieur » par inadvertance ou ignorance, Cheftiet y décrypta une méprise de lèse majesté. Il entreprit de la corriger chez les élèves. Pour cela, il passa dans chaque classe développer une ‘’ maïeutique de l’autorité’’ :

- « Comment je m’appelle ? …Je m’appelle…, je m’appelle, cherchant du regard qui interroger. Oui toi, dit- il à un élève.

- Tu t’appelles monsieur « Régal » dit l’interrogé d’une voix fluette.

- Que non ! répondit Cheftiet ; qui dit mieux ?

- Tu t’appelles monsieur « Diébandy», bredouilla le second.

- Ce n’est pas ça mon vieux ! Comme vous ne trouvez pas, je vais vous le dire. Mais, écoutez bien. Vous pouvez appelez les autres maîtres, par exemple, Monsieur Ball, Monsieur Fall, monsieur Mall, Monsieur Sall, Monsieur Tall. Mais moi, je m’appelle Monsieur le Directeur. Qui peut le répéter ?

Des mains se levèrent : « moi msier, moi msieur, moi msieur ». Il s’en suivit une répétition individuelle, puis collective. Et, de loin, en continu, montait l’écho de la clameur qui fusait tour à tour des fenêtres des classes.

Il faut en convenir, Monsieur le Directeur est un titre doublement honorifique. D’abord terme de révérence, « monsieur » rend grandeur et honneur à la personne désignée. La preuve en est que celui qui accède à un haut rang devient un « Monsieur » aux yeux des autres. Un « monsieur » n’est donc pas n’importe qui. Il est un trait positif de la discrimination sociale. Un « Monsieur » est une personnalité distinguée.

Quant au terme « directeur », il se rattache au chef et la fonction de chef; celui qui tient en main les affaires qu’il dirige ; celui à qui revient une parcelle de pouvoir qui le hisse à la tête d’un service normé. La tête désigne le chef et vis versa, même étymologiquement. Tout le monde sait que la tête est une prééminence dans toute structure quelle qu’elle soit : végétale, animale ou autre. Et, c’est de cette suprématie que se prévale la fonction de « directeur ». Le titre de « directeur », est donc socialement marqué, et positivement. D’ailleurs, cette raison fonde l’attitude de tout Directeur, de cabinet, de société, d’agence et même d’école élémentaire, à se donner en gros plan quand l’occasion se présente, afin de combler en soi le vide social immanent, qui obstrue dans la société le reflet du titre de Directeur. Donc, Cheftiet avait raison de ne pas laisser son titre de rang prendre de la gangue dans la bouche des tout – petits. L’explication de sa ‘’ maïeutique de l’autorité’’ se trouvait là. Cette maïeutique il voulut l’étendre à la ville.

Il s’endetta, se paya une guimbarde, entreprit des visites inopinées de courtoisie que réclamait de lui son nouveau statut. Le porte à porte commença. Dans la petite ville de Sieth, on entendait vrombir de toutes parts le moteur crasseux de sa voiture. Le vieux véhicule y gagna en popularité auprès des enfants. Dans les rues et ruelles de Sieth, à son passage l’innocence taquine criait:                  « tocard ! ». Cheftiet, jovial, embrayait de plus. Levant la main gauche du volant, il l’agitait tout souriant à l’endroit des gamins. Ainsi, à ses temps libres, il parcourait de long en large boulevards et avenues. Il voulait connaître tout le monde tout de suite ; répertorier les rues et ruelles, les petites habitations des quartiers; se faire voir, se faire connaître, se faire reconnaître de tout le monde, des instituteurs en particulier. Il se rendit chez ses collègues Directeurs d’école…, chez tout le monde finalement. Les uns le reçurent à bras ouverts ; les autres avec indifférence. Les plus sceptiques se montraient méfiants à son égard quand les joviaux le prenaient pour un clown. Tout compte fait il était satisfait de ces prises de contact tous azimuts. Il pouvait maintenant se mettre au service exclusif de granfched son chef hiérarchique portant le dossard de Godronsou comme sobriquet dans la circonscription éducative de Sieth . Ce qui n’est pas extraordinaire car dans la hiérarchie chacun a un chef et obéit à son chef. Granfched remarqua en lui sa qualité servile parmi tous les dévoués de la fourmilière. Ce qui le lui fit prendre en confiance. Cheftiet y gagna en renommé. Il fut décoré et élevé au rang de « demi-chef de Granfched », la moitié relative de Granfched. Il fallait parler à lui si tu voulais te faire entendre de Granfched. Il lui était devenu sa bouche, ses oreilles, ses yeux mêmes. Il s’en félicitait, souvent n’hésitant pas à le faire remarquer par ironie à ceux qui doutaient encore de son prestige et voyait en lui un ‘’ valet’’.

- « Ah, oui ! ce mot infâme qui sort de vos bouches me lapider en projectiles, je le racle sur les sales baves de vos bajoues pour en faire l’instrument redoutable de vos angoisses », disait – il alors sans ambages. Puis, ajoutait- il : « vous ignorez qu’un valet est aussi un chef dans la grande cour du roi ; il vit aux dépens du roi chez le roi. Il connaît le roi jusque dans ses caprices les plus frivoles, ses moments de lucidité ou de folie. Il ne le sert pas tout court, il règle aussi sa conduite sur lui. Il n’exécute pas seulement les ordres reçus de lui, il les fait exécuter aussi. En cela il est roi chez le roi ou devient dans les cas de force majeure son sosie. Là, avec toute l’apparence du roi, il prend des initiatives, des décisions. C’est ce que je fais avec fermeté avec vous. Ne vous déplaise ?»

Plus que ‘’valet’’ donc, Cheftiet se faisait une gloire expresse de s’imposer en fantôme de Granfched dans l’imaginaire des maîtres de son école de même que celui de tout ceux qui ne lui étaient pas condescendants.

Un jour, il eut l’audace de maintenir les maîtres à leur poste au-delà des heures réglementaires de travail. Cela déclencha une grogne générale dans l’école suivie d’un mouvement brusque de tous les maîtres vers la porte de sortie. Il surgit furtivement de son petit bureau et se mit à héler de gauche à droite, les uns et les autres, grommelant des sottises à la manière de Granfched :

- « A vos postes ! bandes de fourmis! Une fourmi fait toujours un travail de fourmi, c’est connu ! L’heure n’est pas à la descente, je dis ! C’est un ordre solennel à exécuter, sinon gare ! » Les ouvriers pédagogiques, irrités, lui renvoyaient ses quolibets et d’autres insanités, le geste à l’appui: - Qui es – tu ? ‘‘ Doungourou’’, valet du chef ! - Vas te faire voir - Mouche ! - Mouchoir d’enrhumé ! Les instits révoltés, s’en allèrent laissant Cheftiet mâcher sa colère et se donner bonne conscience.

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